Lecture: Toutes hontes bues


Florence Mothe est l'une des plus belles plumes vigneronnes mais aussi l'un des esprits les plus érudits à Bordeaux. Ancienne journaliste à France Culture, elle cultive ses vignes et son style dans la plus pure tradition littéraire. Dans cet ouvrage est un peu ancien (1992) on y trouve un siècle d'anecdotes croustillantes qui témoignent de l'évolution récente du vin.

Quelques citations:

"Aujourd'hui on met en bouteille des vins rouges de l'année. Cet acte contre nature, qui s'apparente à de la pédophilie gastronomique, devrait être durement sanctionné par le code pénal pour avoir violé un être impubère, incapable d'offrir l'éventail de plaisirs que l'âge seul lui permettra d'apporter."

"Vouloir réduire l'alcoolisme en interdisant de goûter les grands vins, c'est tenter de soigner le sida en censurant les estampes de fragonard"

"La vie d'écoulait, harmonieuse et étale. Dans la nuit du 31 janvier au 1er férvnirer 1956, l'ancitcyclone scandinave, dont nous ignorions à peu près l'existence, vint, par onze degreés au§dessous de zéro, nous enseigner que la vie n'est jamais un long fleuve tranquille. -10, -15, -19, -13, -11...Du 1er au 28 février, pas un isntant le mercure ne l'éleva au dessus de 0°. Vingt-huit jours de gel, -21,5 à Budos, -27 à Sainte-Foy-la-Grande. Les anciens rappelaient que, durant la guere de 1870, la Garonne avait charrié des icebergs. Mais personne, jamais, ne les avait pris au sérieux.

Et, pourtant, le désastre était bien réel, mais il ne ressemblait à rien que nous ayons connu, rien de la grâce silencieuse de la neige, rien des champs sans bornes de la glace, rien des précipices baignés de ciel, rien des solitudes immaculées, rien de la montagne, rien de la plaine, rien des morsures du gel. La campagne hurlait à la mort sous la chape glaciale. On ne distinguait plus les arbres des maisons et des vignes. on regardait, terrifié, apparaître le fond de l'ab$ime comme des bêtes forcées qui ne peuvent même plus bramer.

On saver la vigne opiniâtre. Il était probable qu'el aurai pu supporter une nui de gel à -18°. Mais on savait très bien qu'au-delà de quelques heures, les astes noircies éclateraient comme du verre.

Le 1er mars, c'était fini. Et c'était comme après un tremblement de terre où l'on retrouvait, au milieu des décombres, quelqques babioles dérisoires. Cette foi-ci, le sort ne ous avait pas ratés. Ce n'était plus la peine de dresser contre lui un arsenal rageur. Il n'y avait pas de remède. C'était un naufrage en terre ferme.

(...)

Le Vigneron est d'un airain farouche, surtout quand la rage l'anime. La mort de sa vigne rend à ses yeux l'univers orphelin."


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